Réflexions sur « Le Comte de Monte-Cristo » (2024)
Je vous présente la version française d’un article initialement publié en anglais sur mon blog
(grâce, principalement, à Google Translate).
Réflexions sur « Le Comte de Monte-Cristo »
(2024),
axées sur les Lumières et l’existentialisme
Scénario et réalisation :
Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière,
d’après le roman classique d’Alexandre Dumas
Avec :
Pierre Niney, Bastien Bouillon, Anaïs Demoustier, Laurent
Lafitte et autres
Condensée et légèrement modifiée par rapport au récit original complexe,
avec certains événements, actions et caractéristiques transposés à d’autres
personnages, l’adaptation cinématographique française de 2024 reste néanmoins
fidèle à l’esprit et aux intentions de l’œuvre originale. Elle explore des
thèmes tels que la justice, la vengeance, le destin, l’amour, l’identité,
l’éducation et l’espoir, sans pour autant sacrifier l’action et l’aventure.
Cependant, le film est imprégné des préceptes des Lumières du XVIIIe
siècle, qui ont influencé la pensée, la société et la politique du XIXe siècle
en remettant en question l’existence de Dieu et la morale et en exigeant des
comptes de ceux qui étaient chargés du gouvernement, de la loi et de l’ordre.
Ces concepts sont fondamentaux pour l'intrigue et le thème principal de la
vengeance (ou de la justice) dans « Le Comte de Monte-Cristo ».
Edmond Dantès est emprisonné non pas pour immoralité, ni même pour un crime
contre la loi française, mais par jalousie, rancune et ambition. Trois hommes
ont conspiré pour sacrifier le reste de sa vie, ainsi que son potentiel et son
influence, afin de servir leurs propres intérêts, désirs et aspirations. Dantès
n'a aucun recours : ni justice naturelle (ou loi divine), ni loi
française, ni même humanité. Ces trois hommes ont comploté pour priver Edmond
de ce que nous considérons aujourd'hui comme ses droits fondamentaux. Cet acte,
poussé à l'extrême, souligne que si Dieu et la morale n'existent pas, il ne
reste que ce dont les hommes sont capables lorsqu'ils refusent le respect et la
compassion, et lorsqu'ils sont prêts à faire passer leurs propres intérêts
avant les besoins et les droits d'autrui.
Edmond s'accroche à l'espoir grâce à ses souvenirs et à l'amour qu'il porte
à Mercédès, la femme qu'il allait épouser lorsqu'il fut brutalement arrêté et
condamné à une vie d'isolement et de misère au château d'If. Mais même cet
espoir commence à s'estomper et le désespoir l'envahit.
Cependant, l'espoir, et même le lien social, renaît lorsque l'abbé Faria,
un autre prisonnier lui aussi condamné à croupir au château d'If, entre en
contact avec lui par hasard, alors qu'il tente de creuser un tunnel pour
s'évader de cette prison redoutable.
L'abbé est un homme intelligent, sage et érudit, disposé à partager non
seulement ses efforts pour s'évader, mais aussi, et peut-être plus important
encore, son savoir, sa sagesse et son intelligence. Il initie Edmond à la
vérité, aux mathématiques, aux langues, à la philosophie et au raisonnement.
Cette rencontre a un double impact sur Edmond. Cela libère son esprit de
l'emprise physique en lui donnant un but et un sentiment d'accomplissement
spirituel, et lui permet d'aborder les choses avec discipline et discernement,
calculant calmement ses réponses et ses actions plutôt que de réagir sous le
coup de l'émotion et de la précipitation.
Bien sûr, la mort de l'abbé permet à Edmond de s'échapper de façon
audacieuse, et l'abbé lui a révélé l'emplacement d'une immense fortune, en
l'occurrence celle, perdue, des Templiers. L'abbé a donc une influence
considérable sur Edmond, de son vivant comme après sa mort, et l'on pourrait
avancer que Dieu a envoyé cet homme de Dieu vers Edmond comme un instrument
d'évolution et de libération. Le destin fait en sorte qu'Edmond croise la route
de nombreux autres personnages essentiels à son histoire, et bien que l'on
puisse invoquer une intervention divine ou la main du destin, il faut
reconnaître que l'influence de l'abbé était due à ses qualités personnelles
plutôt qu'à sa religion, et qu'Edmond progresse grâce à sa détermination, aux
choix qu'il fait et aux actions qu'il entreprend.
La fortune qu'il a amassée peut être perçue comme le fruit d'une
intervention divine, du destin ou de la chance, mais l'essentiel est qu'Edmond
ne l'utilise ni pour se complaire dans le plaisir, ni pour abuser du pouvoir et
de l'influence que lui confère sa richesse. Il se concentre sur ses propres
affaires et utilise l'argent pour récompenser ceux qu'il juge méritants, mais
aussi pour assouvir sa soif de vengeance. Il garde cependant le contrôle de la
situation. Désabusé par la société, ses lois et ses représentants, il ne
reconnaît d'autre autorité que la sienne. À un moment du film, Edmond entre
dans une église et s'adresse directement à Dieu, lui annonçant qu'il assumera
la responsabilité de ses actes et le châtiment qu'il infligera à ceux qui l'ont
lésé. N'ayant guère constaté la justice divine, Edmond déclare qu'il imposera
sa propre justice, même si la question de la différence entre justice et
vengeance sera inévitablement soulevée. Cette solution existentielle, où Edmond
prend en main les questions morales faute de percevoir une quelconque influence
ou intervention divine, conduit finalement à la question fondamentale de
l'impact de nos actions sur autrui…
Edmond, avec Andrea, Angèle et Haydée, souhaite obtenir réparation pour les
souffrances endurées aux mains de Danglars, Villefort et Morcerf. Il a donc
conçu un plan pour que ces hommes subissent le châtiment et perdent ce qu'ils
ont acquis par leurs mauvais traitements et leurs abus. Cependant, la douleur,
la souffrance et la mort s'abattent sur des innocents, ou du moins sur ceux qui
ne sont pas directement impliqués dans les méfaits initiaux. Haydée et Mercédès
font alors remarquer à Edmond l'injustice potentielle de son plan et de ses
actions.
En effet, s'il persistait à exécuter son plan aveuglément, sans se soucier
du sort des personnes indirectement concernées, il ne vaudrait guère mieux que
ceux qui l'ont trahi par intérêt personnel. Il faut tenir compte des
conséquences de nos actes sur autrui, ce qui implique de faire appel à
l'humanité et à la conscience.
Edmond orchestre la chute de ses bourreaux, mais il n'est plus l'homme
idéaliste, optimiste et doux de sa jeunesse. L'identité est avant tout forgée
par le caractère et l'expérience. Edmond fut trahi, sacrifié et oublié par ceux
en qui il avait confiance et qu'il aimait. Si le ressentiment et le désir de
vengeance lui donnèrent un but et alimentèrent sa détermination, lui permettant
de survivre, de s'échapper et de devenir le Comte de Monte-Cristo, ils
faillirent le submerger et le transformer en la créature qu'il répugnait si
justement et si profondément.
Dans au moins une autre adaptation cinématographique, Edmond se réconcilie
avec Mercédès et vit heureux avec elle et Albert, qui est peut-être son fils…
Dans le livre, Haydée déclare son amour à Edmond et ils partent ensemble pour
l'Orient. Dans ce film, Albert et Haydée s'aiment et Edmond écrit à Mercédès
pour lui avouer que, malgré ses souffrances passées, il est trop marqué par son
passé pour pouvoir vivre pleinement leur amour. On le voit ensuite seul à bord
d'un navire, faisant la paix avec son passé et cherchant un nouvel avenir. Je
trouve cette fin juste et appropriée, en accord avec les thèmes existentiels
abordés ailleurs dans le film.
Merci d'avoir pris le temps de lire cet article. J'espère qu'il vous a été
utile.
Stuart Fernie
Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante : stuartfernie@yahoo.co.uk.






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