Comparaison entre Valjean et Javert, les personnages principaux des « Misérables »

 

Je vous présente la version française d’un article initialement publié en anglais sur mon blog

(grâce, principalement, à Google Translate).

 

Comparaison entre Valjean et Javert,

les personnages principaux des « Misérables »

 

Tous deux ont passé un temps considérable au bagne : Valjean comme prisonnier et Javert comme surveillant. Javert, né en prison de parents criminels, a grandi dans un environnement où les lois sont considérées comme sacrées. Les détenus y étaient envoyés pour apprendre le respect et l’acceptation de la loi, ce qui excluait toute discussion ou tout débat. Dans ce contexte, une nette division existait entre « eux » et « nous », entre les pillards et les protecteurs de la société, encourageant ainsi une vision manichéenne du bien et du mal, ce dernier étant clairement d’un côté et jamais de l’autre. On peut même se demander si Hugo ne voyait pas dans la prison une métaphore de la société elle-même, avec l’imposition de ses règles et de ses restrictions, et surtout l’imposition d’un état d’esprit incapable de fonctionner sans elles. Convaincu de la faute de ses parents, Javert entreprend de prouver sa valeur et de se montrer digne de l'estime de la société plutôt que de sa condamnation. Déterminé à s'élever au-dessus de ses origines, il poursuit son ambition en appliquant rigoureusement les règles sociales, qu'il accepte sans réserve.

Ceci contraste fortement avec Valjean, qui, à travers ses expériences, apprend à questionner la nature de la justice et à apprécier la valeur de la tolérance, tandis que Javert est résolu à défendre les valeurs de la société sans réfléchir.

Tous deux souhaitent aider et apporter une contribution utile, mais de manières très différentes. Javert cherche à protéger la société du crime, tandis que Valjean, ayant une connaissance directe des difficultés de survie et des problèmes liés au respect de la loi, s'efforce d'éviter ces problèmes à autrui. Pour Javert, la société demeure une notion abstraite, tandis que Valjean s'intéresse davantage aux individus qui la composent. C'est de cette différence fondamentale de perspective que naît le conflit entre les deux hommes. À Montreuil, Valjean s'efforce d'aider les habitants en leur offrant du travail dans son usine (où il exige un salaire décent), mais aussi en construisant une école et un hôpital. Javert, de son côté, tente également d'apporter son aide à sa manière, par une application stricte de la loi et en s'efforçant de protéger la population des criminels.

Fantine est connue de Valjean et de Javert. Valjean se sent responsable de sa situation et est déterminé à l'aider, car il estime avoir contribué à sa déchéance (en la laissant être renvoyée de son usine). Javert a lui aussi joué un rôle dans sa dégradation, en l'arrêtant sur des prétextes fallacieux et en insistant pour la faire emprisonner pendant six mois. Leurs attitudes fondamentalement différentes les opposent, bien que chacun agisse selon ce qu'il considère comme juste et bon. Valjean reconnaît sa responsabilité envers Fantine et souhaite soulager ses souffrances, tandis que Javert cherche à protéger la société de celle qu'il perçoit comme une criminelle irrécupérable. Javert a une foi absolue dans le système de règles qu'il représente et, par extension, une foi absolue en lui-même. Malheureusement, il est un homme qui laisse sa foi en ses principes le submerger. Dans son monde, il n'y a pas de place pour le doute, la réflexion ou la compréhension. De telles considérations menaceraient les fondements mêmes de la société qu'il a juré de protéger. Il choisit de suivre la lettre de la loi, non son esprit, démontrant ainsi sa foi inébranlable en Dieu et en ses propres principes.

Valjean, en revanche, doute et se remet en question à chaque instant. Sa force de volonté provient du fait qu'il a le sentiment d'avoir entrevu sa propre part d'ombre ; il sait de quoi il est capable, dans certaines circonstances, et ayant entrevu une alternative, il est déterminé à ne jamais retomber dans ce « côté obscur ».

Lorsque Valjean le libère aux barricades, Javert est contraint de remettre en question son propre jugement (et celui de toute la société). Javert, cependant, n'a ni la tolérance ni le pardon nécessaires pour accepter ses erreurs et aller de l'avant. Il reconnaît s'être peut-être trompé dans son jugement sur Valjean, mais, sa philosophie étant fondée sur l'application de règles plutôt que sur la réflexion et la considération, il ne voit aucune issue : pour lui, c'est choisir entre croire en ce qui est « juste » ou ne croire en rien. Le doute peut certes éclairer les choses, mais Javert ne perçoit aucune alternative à ses principes, qu'il vient de voir bafoués. En réalité, il a perdu foi en ses propres idéaux et ne peut accepter une alternative fondée uniquement sur le respect d'autrui.

Javert est souvent perçu comme le méchant adversaire de Valjean, mais cette interprétation est erronée. Officier de loi intègre et bien intentionné, il n'en est pas moins dogmatique et rigide. Sa mort est une tragédie, car il avait beaucoup à apporter à la société. Cependant, dans un monde en mutation, où la compassion et la responsabilité prennent une place de plus en plus importante, Javert et ses semblables étaient devenus inadaptés. Sa foi aveugle dans la hiérarchie et l'état de droit l'empêchait de prendre du recul et d'avoir une vision d'ensemble. Si son dévouement au devoir est tout à fait admirable, sa position (et par extension celle des instances dirigeantes françaises) devenait inacceptable sur les plans philosophique, moral et même politique.

La transformation et la rédemption de Valjean reposent sur l'amour et la tolérance, qualités que Javert est incapable d'incarner. Il ne peut concevoir un monde sans repères ni normes établies par une autorité supérieure. Il manque d'amour et de respect pour autrui pour envisager qu'un système de conduite et de morale puisse se fonder sur l'humanité. Pour lui, l'autorité est indispensable, et lorsque celle-ci est contestée et se révèle faillible, le fondement même de son existence s'effondre.

Parce qu'il représente la loi, il se sent au-dessus du peuple qu'il est censé protéger. Il oublie l'humanité commune pour se consacrer pleinement à son rôle de policier. À bien des égards, il ne fait plus qu'un avec ce rôle, abandonnant toute empathie et toute compassion qu'il perçoit comme des faiblesses dans sa mission de protéger la société du crime.

 

Merci d'avoir pris le temps de lire cet article. J'espère qu'il vous a été utile.

Stuart Fernie

Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante : stuartfernie@yahoo.co.uk.

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